Fébé est une des 7 collines qui donne son relief à Yaoundé, la capitale camerounaise. En y projetant l’action de son nouvel album, le 6ème en solo, Sally Nyolo nous transporte dans le pays qui l’a vu naître et grandir jusqu’à l’âge de 12 ans. Comme à son habitude depuis ses débuts, celle qui fut choriste pour Higelin, Princess Erika, Sixun… puis une des magnifiques voix de Zap Mama avant de s’imposer sous son nom, revendique au fil des 13 plages son rôle de passeuse. Pas de celles qui s’enrichissent sur la misère du monde en faisant voguer sur des flots agités de fragiles coquilles de noix chargées d’espoirs en devenir, mais de celles qui plutôt que d’exploiter les richesses de notre monde, les subliment dans de subtils aller-retour. A l’écoute du titre qui donne son nom à l’album, on se remémore des souvenirs d’enfance, des mondes peuplés de sorcières, de Petit Chaperon Rouge et de loup garou. Il y est question d’univers fantastiques partagés, de traditions mélangées, de cultures multiples. Cette posture entre-deux, à cheval, s’étire de titre en titre.
Comme sur un métier à tisser, Sally croisent fils de bikutsi ou d’assiko, des rythmes emblématiques du Cameroun de son enfance, bruits de la forêt où elle se ressource encore aujourd’hui et brins de musiques actuelles. Fière de son don d’ubiquité, elle revendique haut et fort cette double appartenance qu’elle nourrit des rencontres qui depuis 20 ans ont émaillées sa vie. Ainsi, on découvre dans les crédits les signatures de l’ambianceur assiko Robert Ngwé, des écrivains Philippe Paya Will et Blaise N’Djéhoya, du compositeur et saxophoniste David Murray, mais aussi la patte du batteur ivoirien Paco Séry (Sixun), les voix Guizmo (Tryo), de FloW ou d’Amadou Baka. C’est entouré d’amis que Sally Nyolo nous invite pour cette Nuit à Fébé sous un ciel étoilé.